Évaluer le français au lycée, évaluer les littéracies universitaires Analyse diachronique de l’examen régional du baccalauréat marocain (2018-2025) et hypothèse de la rupture évaluative secondaire-supérieur

Auteurs

  • Manal Antoine Université Hassan II de Casablanca

Mots-clés:

Évaluation certificative, littéracies universitaires, baccalauréat marocain, transition secondaire-supérieur, didactique du français, production écrite, taxonomie de Bloom

Résumé

La rupture entre la maîtrise du français acquise au baccalauréat marocain et les compétences littéraciques attendues à l’université est généralement traitée dans la littérature comme un déficit linguistique des bacheliers. Cet article propose d’en déplacer le diagnostic en l’interrogeant comme un effet de la dissociation entre deux régimes évaluatifs distincts. L’étude s’appuie sur l’analyse diachronique d’un corpus de treize épreuves de l’examen régional de fin de première année du baccalauréat marocain, recueillies de 2018 à 2025 dans six académies régionales (Rabat-Salé-Kénitra, Casablanca-Settat, Tanger-Tétouan-Al-Hoceima, Fès-Meknès, Laâyoune-Sakia Elhamra et Béni-Mellal-Khénifra), complétée par une enquête par entretiens semi-directifs menée auprès de cinquante enseignants du cycle secondaire qualifiant. Les épreuves sont caractérisées selon une grille à quatre critères articulant niveau taxonomique (Bloom, 1956), part de la production singulière (Scallon, 2004), degré d’authenticité de la situation évaluative (De Ketele, 2010) et degré de prévisibilité du sujet de production écrite ; la fiabilité de cette grille a été éprouvée par une validation inter-juges (coefficient de Fleiss). Les résultats mettent au jour une stabilité structurelle massive du modèle évaluatif sur sept années : la production singulière représente en moyenne 19 % des questions de l’étude de texte, les treize épreuves relèvent structurellement de l’évaluation artefactuelle au sens de De Ketele, et aucun sujet de production écrite n’atteint le niveau 3 de prévisibilité (sujet véritablement non préparé en classe). Les entretiens confirment ce dernier résultat : quarante-trois enseignants sur cinquante indiquent que les thèmes des sujets de production écrite se répètent et qu’ils les préparent en classe avec leurs élèves. Une enquête exploratoire menée auprès de quarante enseignants universitaires conforte ce décalage : la quasi-totalité d’entre eux observe que les bacheliers savent restituer des connaissances mais peinent à les analyser et à produire un raisonnement personnel. Articulés au cadre théorique des littéracies universitaires (Pollet, 2014 ; Reuter, 2012 ; Delcambre & Lahanier-Reuter, 2012), ces résultats soutiennent que la rupture secondaire-supérieur n’est pas réductible à un déficit linguistique : elle tient à un défaut d’articulation entre deux dispositifs évaluatifs qui ne mesurent pas les mêmes compétences.

##plugins.generic.usageStats.downloads##

##plugins.generic.usageStats.noStats##

##submission.downloads##

Publiée

2026-08-31

Numéro

Rubrique

Articles